Marseille
passion, passion, et encore passion.
La démission de Mehdi Benatia, annoncé sur ses réseaux sociaux, ne marque pas seulement le départ d’un homme. Elle symbolise l’échec d’un projet ambitieux, celui d’un trio qui a voulu redonner ses lettres de noblesse à l’Olympique de Marseille : Pablo Longoria, Mehdi Benatia et Roberto De Zerbi. Et dans cette ville où la passion est plus qu’un mot, elle a été à la fois moteur et poison tout au long de cette saison.
La passion marseillaise en action
Dès la première journée de Ligue 1, la défaite face à Rennes à 11 contre 10 provoque une bagarre entre Rabiot et Rowe, qui contraint la direction à se séparer des deux joueurs. Dans l’urgence, Vermeeren et O’Riley rejoignent l’effectif : le premier montre de grosses qualités malgré son irrégularité et peine à obtenir la confiance du coach, tandis que le second déçoit malgré le crédit que le coach lui attribue.
La saison continue avec un début de Ligue des champions ambitieux : l’OM se déplace au Santiago Bernabéu et, malgré une défaite 2-1, livre une prestation solide et le sentiment général est que cette défaite était chère payée pour l’équipe phocéenne. Quelques jours plus tard, les Marseillais signent une victoire historique contre le PSG au Vélodrome en Ligue 1, le jour du Ballon d’Or d’Ousmane Dembélé, où l’effectif du PSG ne comptait pas la plénitude de ses forces. Mais malgré cela, c’était une première depuis 2011. Alors que la première journée ne laissait rien présager de bon, cette semaine avait montré que cet effectif avait beaucoup de qualité et qu’il pouvait, sur un match, rivaliser avec les plus grosses écuries d’Europe.
Mais cette énergie peut se retourner contre le club. Lors du Trophée des Champions, l’OM affronte encore Paris, et cette fois-ci aucune excuse : tout le monde est là des deux côtés, excepté Hakimi et Aguerd, tous deux encore concernés par la CAN. Marseille mène 2-1 face au PSG, avant que Gonzalo Ramos n’égalise dans les dernières secondes à la suite d’un face-à-face raté d’Aubameyang. Aux tirs au but, le PSG l’emporte, et à ce moment-là le poids du money time commence à se faire sérieusement sentir : une tendance qui se répétera jusqu'à Strasbourg.
En Ligue des champions, les montagnes russes continuent. Après une victoire 4-0 contre l’Ajax, l’OM se heurte au Sporting, menant une première mi-temps exceptionnelle avant qu’un carton rouge d’Emerson ne fasse basculer le match en défaite 2-1. Face à l’Atalanta, les joueurs déçoivent et l’arbitrage leur est défavorable, mais au match déjà quasi vital, c’est face à Newcastle que Marseille montre encore une fois de quoi elle est capable contre les gros. L’équipe confirme grâce à un énorme Mason Greenwood contre l’Union Saint-Gilloise avec une victoire 3-2 malgré un dernier quart d’heure éprouvant. L’OM perd ensuite logiquement 3-0 face à Liverpool, et alors qu’elle comptait 9 points et était quasiment assurée d’être qualifiée, elle craque à Bruges, s’inclinant 3-0 et échouant dans le money time avec un scénario loufoque entre Benfica et le Real qui élimine Marseille.
À la suite de cela, le championnat ne fait pas mentir cette instabilité. Après avoir mené 2-0 contre le Paris FC, l’équipe concède un 2-2 dans les dernières minutes. La déroute contre le PSG 5-0 entraîne la démission de De Zerbi, et après un 2-2 face à Strasbourg, avec exactement le même scénario qu’au Paris FC, c’est au tour de Benatia de démissionner.
À travers tous ces épisodes, un fil rouge se dessine : à Marseille, la passion est une force capable de pousser l’OM vers l’exploit… mais elle peut aussi écraser le club au moment le plus crucial, Si l’OM n’avait pas encaissé de buts dans les dix dernières minutes de chaque match en Ligue 1, elle serait aujourd’hui au même nombre de points que le Paris Saint-Germain…
Longoria, Benatia, De Zerbi : un projet ambitieux mais gâché.
Malgré les échecs, il serait injuste de réduire cette saison au seul désastre. Ce projet mené par Longoria, Benatia et De Zerbi avait une ambition rare pour Marseille.
Le trio est responsable de ce chaos et de cet échec, surtout en ce qui concerne l’instabilité. Une instabilité instaurée par les arrivées et départs de la direction ou par l’instabilité du coach, avec notamment les 33 compositions différentes de Roberto De Zerbi en 33 matchs cette saison.
Mais malgré cela, retenons que Benatia a ramené son expérience des plus grands clubs (Juventus, Bayern), instauré une discipline nouvelle, tenté de nettoyer les zones toxiques du club et fait venir un entraîneur de classe mondiale, Roberto De Zerbi, déjà convoité par Barcelone et Manchester United.
Le recrutement a été audacieux : Mason Greenwood, Adrien Rabiot, Benjamin Pavard, et même Ethan Nwaneri, arrivé grâce aux recommandations de Arteta et à la reconnaissance envers le tacticien italien. Tout cela n’aurait pas été possible sans ce fameux trio.
Tout cela a été orchestré par Benatia, Longoria et De Zerbi, qui ont voulu insuffler une rigueur et un projet cohérent.
Une passion qui élève et qui écrase…
À Marseille, la passion n’est pas un simple mot comme tout le monde le sait. À Marseille, la passion, c’est une énergie qui fait vivre le club. Le Vélodrome est l’une des ambiances les plus incroyables d’Europe, voire du monde. Les tifos, la ferveur des supporters, chaque “aux armes” et chaque applaudissement poussent l’équipe vers l’exploit. Cette passion est ce qui fait battre la ville.
Mais cette même intensité peut aussi devenir écrasante. Et malheureusement pour l’OM, elle est parfois plus écrasante qu’élevante. Hier encore, après le 2-2 concédé face à Strasbourg, un groupe de supporters a tenté de s’introduire dans les loges présidentielles, un symbole brutal de la pression et des attentes décuplées qui pèsent sur le club. Ce n’est pas nouveau : Didier Deschamps, lorsqu’il entraînait l’OM, expliquait avoir pris plus de 20 kilos à cause de la pression marseillaise, notamment lors de la saison 2012, où l’équipe, éliminée en Coupe de France et neuvième en championnat, atteignait tout de même les quarts de finale de Ligue des champions pour la première fois en 20 ans face au Bayern Munich. Une défaite 2-0 logique contre l’un des meilleurs clubs d’Europe à l’époque, mais qui illustre combien la passion peut peser lourdement sur ce club.
Dans le contexte actuel, cette ferveur a amplifié chaque erreur et chaque frustration. L’instabilité des transferts, les compositions changeantes et la pression médiatique et populaire se sont mélangées pour créer un climat extrême !
Pourtant, dans l’absolu, l’OM est toujours en lice pour la Coupe de France, 4ème de Ligue 1, mais à Marseille, c’est le chaos qui a remporté. À l’instant T, l’avenir est flou. Quel entraîneur prendra la suite ? Habib Beye est pressenti, mais rien n’est certain. Le départ de Benatia change-t-il la donne ? Personne ne le sait. On est dans l’inconnu, et c’est ce climat unique et dévorant qui continue de définir l’Olympique de Marseille.